Chaque année, j’attends l’annonce Pantone avec une petite excitation de designer. C’est un rituel. Un point de repère.
Un moment où l’on espère se sentir compris dans nos intuitions créatives.
Et puis… 2026 arrive.
Et Pantone choisit une non-couleur, dans un monde où les couleurs disparaissent déjà sous nos yeux.
Honnêtement ? Pour moi, c’est un choix qui pose question.
Les couleurs disparaissent… et Pantone choisit la neutralité
Depuis quelques années, on observe une véritable désaturation généralisée :
interfaces de plus en plus ternes,
vêtements aux palettes minimalistes,
branding uniformisé,
feed sociaux beige-rosé qui se ressemblent tous.
Les couleurs vives sont devenues presque subversives, alors qu’historiquement, ce sont elles qui racontent le mieux l’énergie, la joie, la créativité.
Dans ce contexte, Pantone avait une vraie opportunité :
ramener un peu d’audace. Relancer la conversation. Rappeler que la couleur est vivante.
Mais non.
Pantone choisit une teinte neutre, presque effacée.
Une couleur qui veut dire tout et rien.
Le problème : une couleur “universelle” qui ne l’est pas
Pantone présente souvent ses choix comme porteurs de valeurs positives : paix, douceur, renouveau.
Sauf que…
Dans plusieurs cultures, le clair, le blanc ou le très neutre évoquent :
le deuil,
la mort,
le vide,
la rupture,
le renoncement.
Ce n’est pas “mal”.
Mais c’est loin d’être universel.
À force de courir après des symboliques “globales”, Pantone finit parfois par proposer des couleurs tellement lissées qu’elles perdent de leur force.
Une couleur qui ressemble plus à un algorithme qu’à un élan créatif
Pour replacer 2026 dans son contexte, voici un rappel des dernières sélections :
2024 : Peach Fuzz — une teinte pêche douce et réconfortante.
2025 : Mocha Mousse — un brun doux et chaleureux, reconnecté à la matière et à la terre.
2026 : une teinte claire / neutre — continuité dans la douceur et la sobriété.
On observe une évolution nette : apaisement, naturalité et neutralité, loin des couleurs audacieuses choisies au début des années 2010.
Ce choix 2026 me donne l’impression que Pantone suit la tendance plutôt que de l’impulser.
Or, le rôle d’un institut de la couleur, c’est d’ouvrir une direction, pas de valider un climat déjà tiède.
Oui, les tons neutres fonctionnent très bien dans les intérieurs, le webdesign ou les cosmétiques.
Oui, ils se vendent, ils rassurent, ils apaisent.
Mais la couleur de l’année ne devrait pas être juste un produit vendable.
Elle devrait être un statement.
Pantone influence-t-il encore autant qu’avant ?
La question mérite d’être posée, car le paysage créatif a changé :
✔️ Oui, Pantone a encore de l’influence…
Il reste une référence mondiale pour les designers, imprimeurs, architectes et créatifs.
L’annonce de la couleur de l’année continue d’alimenter la conversation culturelle.
Les industries comme la mode, la décoration et la cosmétique adaptent encore une partie de leurs collections en fonction de la couleur annoncée.
✖️ …mais moins qu’avant
Les tendances émergent désormais de manière plus organique, via TikTok, Instagram, Pinterest, Reddit et les micro-communautés créatives.
Les marques n’attendent plus Pantone pour dicter une palette : elles suivent l’analyse des données, les comportements marchés, les esthétiques virales et les cycles culturels.
L’idée d’une seule couleur résumant l’année semble parfois datée face à la diversité des inspirations contemporaines.
🎨 Verdict
Pantone influence encore, mais il ne domine plus.
Il oriente, mais ne décide plus.
Il inspire, mais il n’impose plus.
En conclusion : j’aurais aimé un peu de courage chromatique
Cette année encore, Pantone a préféré le consensus à l’expression.
Et c’est leur droit.
Mais en tant que designer, j’aurais aimé qu’on nous propose :